BIOGRAPHIE D' YVETTE FRONTENAC

à lire au fil des mois...


vue du village de Frontenac sous la neige
 

1) l'enfance

17 janvier 1925 : Yvette Pélissié, premier enfant du foyer d'Augusta Delbos et de Gabriel Pélissié, ouvre les yeux sur le village de Frontenac, dans la maison de sa grand-mère maternelle, Dorothée (maison la plus à droite sur la photo).

Dorothée, (voir le roman Eléonore), veuve depuis 1914, trouve sa maison bien grande et garde sa fille près d'elle. Son compagnon, ancien instituteur à la retraite et secrétaire de mairie, va léguer à Dorothée tous ses biens, dont ses livres, qui tombent très tôt entre les mains d' Yvette.
Les parents d' Yvette exploitent les terres de Dorothée jusqu'en 1936, ce qui crée des problèmes relationnels entre mère et fille et provoque le départ du couple à Espeyroux , village en plein Ségala. (voir Les Années châtaignes)


 La maison de grand-mère Dorothée
 où naquit Yvette


Jacqueline, née en 1927, deuxième enfant du couple, est une fillette docile, tandis qu' Yvette a un caractère rebelle, ce qui lui amène souvent des remontrances qu'elle a de plus en plus de mal à supporter en grandissant.

Toutes deux font l'apprentissage des merveilles de la ferme : Cochons, poules et lapins font partie de leur univers. Le travail est dur pour les jeunes parents, les enfants doivent vite apprendre  à se débrouiller seules. La grand-mère veille aux bonnes manières des fillettes qui la craignent et l'admirent.

Point de douceurs spéciales pour ces petites paysannes; seuls les jours de fête appellent une table fine, avec le dessert traditionnel fait de crème et de massepain, de fouace ou de pompe. Noël n'amène pas de présent. Yvette se souviendra toujours de sa première orange,  d'un fondant gardé au fond d'une poche toute une journée.


Yvette bébé

 Elle se révèle très tôt une élève douée en français, réfractaire aux mathématiques, au grand désespoir de son institutrice .

Bientôt, sa place d'aînée l'oblige à assister souvent son père aux travaux des champs, tandis que sa soeur aide leur mère dès la naissance d' Yves  en 1934.. Elle devient plus proche de son père, qui lui fait apprécier au fil des saisons les subtiles transformations de la nature.

En 1936 nait Lucette, quatrième enfant du couple , mais la discorde éclate avec la grand-mère, provoquant le départ de la famille à Espeyroux, en Ségala. Seul Yves reste près de l'aïeule qui affectionne particulièrement l'enfant.

Ce sont "les Années châtaignes", trois années marquantes, retracées dans le premier roman d' Yvette, édité en 1991 : Yvette et Jacqueline découvrent la châtaigneraie et son climat plus rude, ses forêts sombres, ses habitants aux moeurs traditionnelles, dans cette région où règne la châtaigne, nourriture des bêtes et des gens.


L'école de Frontenac
avant le départ à Espeyroux  Yvette en haut , 4ème en partant de la droite, Jacqueline, au 1er rang, 3ème en partant de droite.

Yvette, des années plus tard, va raconter ces années-là à ses enfants : Son étonnement de fillette devant le petit déjeuner des familles voisines , fait de châtaignes grillées par le maître de maison, dès que le feu donne bien, ou châtaignes cuites sous la cendre, dans l'âtre, ou simplement bouillies, puis versées à même la table, trempées ensuite dans le bol de lait fumant, emportées dans les poches de la blouse d'écolier, puis tétées à la récréation. Yvette se souvient de l'occitan, appelé vulgairement patois, seule langue parlée agilement par ses camarades, obligeant le maître, monsieur Bouzou , à passer la première année d'école à l'apprentissage du français. Rien de tel dans sa vallée du Lot, où l'occitan est l'apanage des adultes . Elles souffrent de leur différence, les petites métayères, car leurs camarades sont toutes filles de propriétaires terriens.


 La métairie d' Espeyroux en Ségala







Mais la famille respire, loin des tensions d'autrefois; mémé Dorothée s'ennuie et vient en visite avec Yves. Leur petite soeur, Marguerite, naît en 1939, obligeant les aînées à s'assumer, à participer aux travaux ménagers :Le rinçage du linge dans le ruisseau coincé entre deux prés en pente est sans doute le souvenir le plus pénible. Les parents se querellent souvent face aux difficultés permanentes. Mais ces années sont aussi l'éveil de la jeune fille qui pense à sa beauté et admire son amie parisienne, les belles dames de la ville si bien coiffées, si jolies , si raffinées, presque irréelles...

Yvette rêve d'un monde différent, où les corvées seraient absentes, où la sérénité serait à la base des rapports familiaux; elle rêve d'ailleurs, et les livres heureusement sont là pour qu'elle s'échappe, pour qu'elle s'échafaude un avenir meilleur. Malgré son désir de rentrer à l'École Normale, elle doit renoncer, pour contribuer à la subsistance de la famille.


1- Le marin Edmond : à gauche

2- le jour de noces: 19 juin 1943








2) La jeune femme

Lorsque la famille réintègre le village de Frontenac, Yvette a  quartorze ans. Elle retrouve la garde du troupeau, toujours un livre sous le bras.
Elle crée son premier poème et se plaît à écrire de longues pages à ses tantes, les deux soeurs de sa mère : Suzie et Odette, à ses anciennes amies d' Espeyroux.

En 1942, une famille figeacoise vient s'installer près de l'église. Peu à peu, Argile, la maman, se prend d'amitié pour cette turbulente jeune fille et lui offre les objets d' Eliette, la fille regrettée. Le couple a trois garçons: Louis, Roger et Edmond.

Yvette entend parler du fils aîné marin, Edmond, qui n'apparaît qu'aux permissions, car il est radio depuis quatre ans sur un navire de guerre sillonnant la  Méditerrannée. Yvette a 17 ans, lui 22 ans. Elle est attirée tout de suite par ce beau jeune homme si différent des autres jeunes gens de son âge. Il a connu les ports, la mer, des lieux inconnus où les paysans ne vont jamais.
La guerre n'épargne pas la vallée du Lot où  le choc des événements se double de la rencontre avec les réfugiés qu'il faut loger dans chaque bâtisse du village et avec lesquels il faut cohabiter. Cette période est retracée dans le livre les Années Chantepleure, d'abord intitulé la Chantepleure. (paru en 1992)


la maison familiale maternelle:le Barri




le pigeonnier de Frontenac près de l'église


Yvette renoue avec ses anciens camarades d'école. Grâce au dynamisme d'une nouvelle institutrice, madame Laborie, elle suit chaque dimanche "Bouquet champêtre", une société post-scolaire où les anciennes élèves viennent passer leurs jeudis et dimanches. Dissertations françaises, chant  les jeudis, sorties cinéma, répétitions des futurs spectacles organisés au profit des prisonniers de guerre, les dimanches, tels sont les programmes récréatifs imaginés par cette éducatrice qui compte bien impliquer le village dans son entier : Les enfants des écoles, d'abord, qui fabriquent les programmes, les accessoires pour les ballets et pièces de théâtre, les agriculteurs  aussi, qui prêtent à tour de rôle leur grange faisant office de salle de spectacle.
 Dès la première séance, en 1941, 300 spectateurs venus du village et des communes voisines, se précipitent pour assister à cette  production festive et collective.
Les garçons de l'âge d' Yvette sont mandés pour danser "le quadrille des lanciers". Yvette jubile, découvre le théâtre, où sa personnalité forte se révèle au travers des rôles qu'elle interprète avec une présence rare.

Edmond, revenu chez les siens en 1943, après le sabordage de la  flotte de Toulon, peut s'occuper des éclairages, de la sonorisation et des bruitages, activité qui lui paraît si jubilatoire. 

Yvette et Edmond se marient le 19 juin 1943; elle a dix-huit ans, lui vingt-trois. Elle est rayonnante, son bouquet de lys dans les bras, devant  le portail de la petite église.
 Le jeune couple va tout d'abord rester à la ferme familiale du Barri, alors que la guerre assombrit l'horizon.
 De plus, Gabriel, le père d' Yvette, souffre d'un ulcère douloureux et peut de moins en moins faire d'efforts. Pour un paysan, c'est la négation de sa vie. L'immobilité, la glace sur l'estomac, viennent parfois à bout des souffrances.



dans les rues de Toulouse

La famille est déstabilisée, le travail doit être réorganisé : Marius, l'homme à tout faire, l'ouvrier agricole du village, (Valérien dans La Soupe des Autres), est de plus en plus demandé au Barri pour seconder Gabriel. Yvette, si proche de ce père encore si jeune, si gai, n'hésite pas à enfourcher son vélo pour aller chercher le précieux chloro-calcium à Figeac, mais les rémissions de Gabriel sont de plus en plus courtes.

Le jeune couple se résout à quitter la ferme pour Toulouse: En effet,  Edmond, ayant une solide expérience du langage morse, est  sollicité par les Forces françaises de l'Intérieur (FFI), pour travailler au quartier général  en tant que radio, recevant toutes les nuits les ordres de Londres.
Les jeunes mariés vivent près de la Barrière de Paris, quartier nord de la ville tant chanté par Nougaro. Yvette aide des cousins maraîchers au ramassage et à l'empaquetage des légumes. Le cinéma est leur principal loisir. Yvette va souvent voir son père dont l'état s'aggrave.  Le 18 avril 1946, Gabriel s'éteint avant sa quarante-cinquième année. Cela influence la décision de retour au village du couple, qui refuse la mutation d' Edmond à Biscarosse, car cela aurait signifié leur séparation pour six mois. Les voici à la ferme, car il faut des bras...Edmond, craignant le travail obligatoire devient agriculteur, alors que les troupes du Reich sillonnent le sud de la France, harcelées par les maquisards.(La Chantepleure).




3) La maman et les débuts de l'auteur
    Puis, la guerre finie, Edmond peut réaliser son rêve :Créer un atelier de réparations radio, dans la petite bourgade de Cajarc qui offre l'avantage d'être au bord du Lot, à seulement dix-huit kilomètres de Frontenac. Aussi, de temps à autre, Yvette reçoit ses jeunes frère et soeurs, venus à vélo lui rendre visite.

    Yvette peut enfin danser dans les bals qui renaissent partout. Edmond fait partie de l'orchestre comme violon et chanteur. Mais cette insouciance dure peu car un bébé s'annonce. Yvette va accoucher de sa fille Eliane dans la vaste maison de mémé Dorothée.    
    Brigitte naît deux ans plus tard, à Figeac, au temps où le village a encore son visage de douleurs pour Yvette. Nantie de ses deux fillettes, elle vient aider son beau-père désemparé après la mort de son épouse Argile. La voici face aux multiples corvées d'une maison, au service d'un homme mûr et de ses trois fils. 
    Seul un départ peut être salutaire au jeune couple: Après sept années de mariage sans véritable foyer, ils sont enfin prêts à tourner une page et aller vivre en Sologne, où Edmond a trouvé un emploi dans une grande entreprise  pour gérer la  maintenance d'un central  téléphonique.
Yvette a vingt-cinq ans, beaucoup d'énergie et croit enfin à son bonheur. Elle va vivre six années d'exil, au travers desquelles sa plume va enfin s'éveiller pour chanter le lointain pays natal .......

    Tout d'abord, ce sera la vie à La Ferté Saint-Aubin, petite ville de Sologne, avec le parler du nord de la Loire, déjà un grand dépaysement; des voisins, dont les habitudes culinaires la surprennent, un univers à découvrir pour la famille lotoise. 
    Yvette devient gérante d'un commerce de matériel électrique et de radio, au centre ville. Mais elle n'a pas la fibre commerçante, Yvette... Elle s'occupe de ses deux chéries qui ont démarré leur scolarité à la maternelle, tout près de la maison. La vie à quatre serait douce si Yvette ne commençait à se languir de sa terre lotoise, de la vie aux champs et de toutes ses racines affectives: ses soeurs encore si jeunes, ses amies d'enfance..., enfin tout ce qui faisait son oxygène et qui s'est maintenant raréfié.
     Yvette s'ennuie. Elle fait pourtant preuve d'imagination. Le repas chez elle est toujours une fête. Les dimanches pluvieux, elle distrait ses poupées avec des histoires du temps passé, dans les campagnes du Lot, celles que son père disait aux veillées, d'autres qu'elle avait entendues quand elle était  une toute petite fille, celles qui lui avaient fait si peur. Elle raconte aussi les coutumes anciennes du village, les gens qu'elle fréquentait autrefois, ses jeux de petite campagnarde, la ferme, ses parents, la maison de grand-mère Dorothée, près du ruisseau.Ou bien Yvette joue avec ses filles: Ce sont des poursuites autour de la table et aussi des histoires extraordinaires qu'elle invente à loisir.
    Lorsque le temps s'ensoleille un brin, la famille part en promenade visiter la région : Les chemins autour de la petite ville, les châteaux qui émerveillent Yvette et qui restent des sorties exceptionnelles.
    

    Au bout de trois années, las du magasin, ils vont habiter un domaine en plein bois à trois kilomètres de la ville: La Chevrie. Eliane et Brigitte sont ravies, car deux autres familles sont déjà sur les lieux, avec chacune deux enfants de leur âge. Il y a un jardin, ce qui enchante Yvette, elle va retrouver tout son savoir-faire de fille de la campagne et contribuer à la vie du ménage.Bientôt, la naissance de Didier se révèle un soleil dans la vie de femme d'Yvette. Le Lot lui manque de plus en plus, ses filles partent à l'école toute la journée, la laissant seule dans sa petite maison au milieu des bois. Solitaire, secrète, elle fréquente peu ses voisines, n'aime pas entrer chez les autres et préfère s'adonner à son unique loisir : la lecture. Romans d'auteurs du 19ème et du début du 20ème, d'Hugo à Colette et biographies ont ses préférences. Elle est également une grande lectrice de revues, parmi lesquelles Historia, qui restera longtemps sa source de culture favorite.

    La voilà qui se jette à coeur perdu dans l'écriture de poèmes. Elle chante ses chemins, la petite source à flanc de colline, les gens de la terre et surtout, au travers de son village, son père qu'elle pleure, ce père dont elle était si proche, ce père dont elle ne peut guérir.
    Frontenac est sublimé, il emplie ses journées de solitude. Les poèmes affluent chaque jour, mais sont pour elle source de larmes. Car la mélancolie et la nostalgie s'accrochent à Yvette...

    C'est une joie de prendre l'express en famille, pour rejoindre une fois l'an ce Lot mythifié. Elle retrouve la maison familiale Le Barri, mais son père n'est plus là pour l'attendre. Marius, le journalier agricole du village, aide aux gros travaux de la ferme.
    Ce mois vécu au milieu des Lotois et des Parisiens en vacances est un rêve pour Yvette. Pourtant les plaisirs sont simples: promenades à la tombée de la nuit avec son amie Suzou et leurs enfants, baignade quotidienne à la rivière, parfois une sortie en famille vers un site touristique. C'est la cueillette des légumes, tous ensemble, avant les bons repas paysans où le pain est si savoureux, rien à voir avec les baguettes du Loiret... La cueillette des prunes reines-claudes mûres à point, les confitures dans la foulée, que l'on emportera pour les savourer sur les tartines, les jours d'hiver à la Chevrie.

    Voici donc installées les bases de la personnalité d'Yvette : une mère possessive et chaleureuse, en parallèle avec l'écrivain qui puise son inspiration dans le passé de son village. Son rôle maternel trouve son plein épanouissement dans sa passion pour son fils. Et son art d'écrivain, qui occupe la seconde place jusqu'à l'adolescence de Didier, se forge peu à peu à ce feu intérieur qui ne s'éteindra jamais, sa fidélité à son village, qui se concrétise par le pseudonyme qu'elle adopte tout de suite. Le retour au pays apparaît inéluctable, même pour Edmond qui retrouve au sein de l'entreprise Ratier-Figeac un poste à sa mesure. Le couple quitte la Sologne en n'emportant que l'essentiel, aux vacances de l'été 1956.



Yvette, hôtesse de ses nombreux
invités au domaine de Taverly 



A la bibliothèque de Figeac

    Une petite maison près de la route menant à Figeac les accueille pour quelques années frontenacoises. Puis, le lycée se profile pour les aînées, obligeant le couple à venir habiter la petite ville de Figeac qu'ils ne quitteront qu'en 1971 pour un domaine perché à flanc de colline, à cinq kilomètres de la ville: le Mas de Taverly.Yvette écrit, cuisine, fait la fermière, la paysagiste, reçoit amis et famille, tout au long de l'année. Elle est récompensée enfin pour l'ensemble de son oeuvre poétique si prolifique.

     Cependant, la famille garde son meilleur souvenir du numéro 16 de la rue de Colomb, qui va devenir Rue des Nèfles, le cinquième roman: Dans cette maison bourgeoise au coeur de la vieille ville, la joie de vivre de la famille s'exprime, avec le défilé des copains lycéens,  les premiers 45 tours écoutés toutes fenêtres ouvertes.Yvette goûte avec délectation les compte-rendus des sorties de ses "chattes gourmandes", tandis que Didier caracole avec ses amis dans les collines autour de la ville, trop à l'étroit au centre ville.
    Cette idyllique vie est nécessairement interrompue par les études des aînées à Toulouse d'abord, puis Eliane démarre sa première expérience de travailleur social dans un centre médico-pédagogique près de Paris, tandis que Brigitte poursuit ses études en Angleterre, avec sa chère amie Martine.
     Les vacances ramènent la tribu des frères et soeurs d'Yvette autour de magnifiques fêtes, de repas improvisés. Didier, à son tour, suit le chemin de ses soeurs vers la faculté de sciences de Rangueil, à Toulouse, où il réussira brillamment.
    Les enfants mariés, il est temps que les jeunes retraités réintègrent le village tant aimé, la maison paternelle qu'ils restaurent. C'est là qu'Yvette et Edmond s'adonnent aux chorales et que la littérature prend le dessus, avec l'écriture de sept romans; les fêtes du livre sont quasi-hebdomadaires, le contact d'Yvette avec ses lecteurs est un pur bonheur.

    Yvette s'éteint subitement le 23 novembre 1998, Edmond lui survit sept ans et la rejoint le 1er mai 2005. Ils reposent tous deux au cimetière de leur charmant village, perché sur la verte colline qu'elle ne se lassait pas de contempler de sa fenêtre de chambre.
    En 1999, la mairie de Frontenac rend hommage à l'écrivain Yvette Frontenac, en inaugurant un joli square à son nom.

L'écrivain en 1994




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